Intéresser les jeunes : une leçon de politique

11 décembre 2020




Comment toucher cette « génération Zoomers » de primo-votants qui boudent les médias traditionnels et qui préfèrent s’engager pour des causes plutôt que pour des partis politiques ?

 

Depuis 2008, l’élection présidentielle américaine donne le pouls en matière de communication politique sur le web à destination du jeune public. L’édition de 2020 n’a pas dérogé à la règle avec des nouveaux formats spécifiquement dédiés au jeune public.

 

Première tendance de cette cuvée 2020 : le « daily political snack » et son émission phare : Good Luck, America, créée par un ancien de CNN, Peter Hamby. Son idée est simple : pour parler aux jeunes, il faut aller les chercher là où ils sont. Et aux US, 90 % des 13-24 ans sont sur Snapchat.

 

La recette ? Parler de sujets de société plutôt que de breaking news, interviewer de manière singulière des personnalités de premier plan (Obama, Clinton, Sanders, Biden, Harris…). Et bien évidemment du snacking. Durée moyenne d’une émission : 5 minutes. On est loin des soirées débats aussi longues que Titanic.

 

Côté chiffres, Good Luck, America fait carton plein avec 2,5 millions d’abonnés et 6 millions de vues en moyenne par épisode et ce, uniquement sur Snapchat.

 

Autre tendance, autre plateforme : Twitch. Autrefois destinée uniquement aux jeux vidéo, la plateforme d’Amazon s’est vue détournée de son utilisation initiale à maintes reprises. Ce fut notamment le cas le 3 novembre dernier avec Hasan Piker.

 

L’ancien journaliste de 29 ans s’est lancé dans un streaming-marathon de 16h pour couvrir la soirée électorale. Grâce à cette performance, sa (petite) chaîne est devenue la chaîne Twitch la plus consultée sur la période, avec 6 millions d’heures de visionnage cumulées et une moyenne de 74.673 viewers en simultané. De quoi rendre jaloux les plus grands streamers gaming jusqu’alors rois de la plateforme.




En France nous ne sommes pas en reste. Notamment avec Jean Massiet et sa chaîne Accropolis, où il y décrypte en direct l’actualité politique française. Jean est considéré comme le premier streamer politique de l’histoire de la plateforme (cocorico !). Malgré un contenu qui, sur le papier n’est pas très séduisant, il commente par exemple les Questions à l’Assemblée Nationale diffusées sur LCP. Jean réussit à donner envie à sa jeune communauté de prendre part au débat.

 

Son objectif avec Accropolis était de rendre accessible la politique pour le jeune public. Pari gagné, puisqu’il cumule 76,6k followers sur Twitch et 30k sur Twitter… On est loin de Squeezie et ses dizaines de millions d’abonnés, mais le challenge est tout autre.

 

Plus récemment, Emmanuel Macron a donné une interview exclusive au média des social media Brut diffusée sur Snapchat. Une prise de parole présidentielle, sur un média spécifiquement plébiscité par les jeunes ; une première pour un président français. Cette évolution des pratiques, est finement analysée par l’homme de télé Michel Denisot, dans ce tweet « Les chaînes d’info ont diffusé @brutofficiel sans s’attendre à diffuser leur propre vieillissement ». La messe est dite.

 

Au-delà de la dimension politique, on retiendra en matière de communication qu’il faut intégrer quelques prérequis avant de vouloir s’exprimer sur le digital.

 

Et pour cause, les codes sont différents, le rythme est différent, le public est différent et son rapport est plus direct et spontané, parfois violent…. Bref, s’il y avait un mot d’ordre pour prendre la parole sur ces plateformes : soyez dans une démarche sincère ou abstenez-vous !